SERGE RACHMANINOFF

Né à Onieg, province de Novgorod, le 1 avril 1873
Mort à Beverley Hills, Californie, le 28 mars 1943

sergey-rachmaninov.nS’il est un compositeur qui incarne, à la suite de Tchaikovski, l’essence même de ce qu’on peut appeler « l’âme russe », c’est bien Rachmaninov. A une époque où s’élaborent en Europe les courants modernistes, et où s’affirment des personnalités comme Ravel, Bartok et Schoenberg, Rachmaninov reste attaché au post-romantisme et réussit à créer un univers musical qui possède sa physionomie personnelle bien reconnaissable sans nullement apparaître comme un imitateur. Il fait partie de ces compositeurs qui ont trouvé de bonne heure leur langage propre et s’y sont tenus pour l’essentiel tout au long de leur vie. Ses modèles sont Chopin, Schumann, Liszt et surtout Tchaikovski, qui a suivi ses débuts avec intérêt et bienveillance et à la mémoire duquel il dédiera son Trio élégiaque. Russe, Rachmaninoff l’est moins par son recours au folklore que par son tempérament, par son art de la cantilène et de la création de climats psychologiques intenses, et aussi par ses liens avec la littérature et la religion de son pays. Il a mis en musique des textes de Pouchkine, Lermontov, Alexeï Tolstoï, Tioutchev, Nekrassov ; II a été un proche ami de Tchekhov, qui l’a admiré ; II est aussi celui qui a donné à la musique russe ses deux plus grands monuments religieux, avec laLiturgie de Saint jean Chrysostome et les Vêpres. Par ailleurs, peu de compositeurs auront été des musiciens aussi complets, auront pratiqué avec autant d’aisance toutes les formes et les genres musicaux et auront concilié à un niveau également élevé leur activité créatrice avec celle de concertiste et de chef d’orchestre. Dans l’image que nous en avons, le pianiste virtuose dévoué à son instrument tend parfois à occulter les autres aspects de sa personnalité musicale. Mais il ne faut pas oublier que Rachmaninov a été aussi un chef d’orchestre de haute qualité, non seulement comme créateur de ses propres oeuvres, mais aussi au pupitre des grands théâtres d’opéra de son pays, en particulier au Théâtre Bolchoï de Moscou.

Rachmaninoff a émigré dans les derniers jours de 1917. A cette date il a composé plus des trois quarts de son oeuvre. Désormais, il mènera une carrière de virtuose, partagée entre l’ Europe et les Etats Unis. Il se produit avec orchestre sous la direction de Leopold Stokovsky, Eugene Ormandy, Bruno Walter, Thomas Beecham, Serge Koussevitski. Ses interprétations de Beethoven, Mendelssohn, Schubert, Schumann, Chopin, Liszt, Tchaikovski, et naturellement de ses propres oeuvres fascinent les mélomanes et les critiques, tant par l’exceptionnelle maîtrise technique que par la qualité de phrasé et de sonorité. Beaucoup de grands pianistes du XXe siècle (dont Horowitz, Rubinstein) ont considéré Rachmaninov comme le modèle par excellence. Les nombreux enregistrements effectués par Rachmaninov pour la RCA sont des témoignages précieux ; parmi eux certains se distinguent tout particulièrement : la Sonate Funèbre de Chopin, leCarnaval de Schumann, la Ronde des lutins de Liszt… Ses duos piano-violon avec Fritz Kreisler (Beethoven, Schubert, Grieg) sont également des documents inoubliables.
La production de Rachmaninoff au cours de sa période d’émigration va s’espacer. Entre 1926 et 1940 naissent le 4e concerto pour piano,Trois chants populaires russes pour choeur et orchestre, les Variations sur un thème de Corelli pour piano, la Rhapsodie sur un thème de Paganini pour piano et orchestre, la 3e symphonie, et les Danses symphoniques pour orchestre. Toutes ces partitions attestent que la qualité de son inspiration n’a aucunement baissé. Au contraire, une certaine évolution s’observe dans le sens d’une intégration d’éléments musicaux du XXe siècle, que ce soit l’impressionnisme, la vigueur harmonique et rythmique d’un Honegger ou d’un Prokofiev, ou l’esprit de la musique américaine. En même temps, l’héritage russe se conserve à travers le style mélodique et certaines références aux sources populaires, ressenties avec une acuité nouvelle comme lien avec ses racines ethniques.